Pseudo-sciences et ingérence religieuse
Pseudo-sciences et ingérence religieuse
Il n'existe pas d'offensive systémique, au sein du SAMSAH de la Pointe du Lac, en faveur d'une religion ou d'une pseudo-science en particulier. La situation est néanmoins préoccupante : de nombreuses dérives individuelles ont été observées, sans que l'institution ne les corrige, dans un contexte où les personnes accompagnées — parfois peu autonomes — sont particulièrement vulnérables face à ce type d'influence.
Promotion de pseudo-sciences par les professionnels
Il n'est pas rare que des éducateurs ou des aides-soignants du SAMSAH fassent la promotion, entre eux ou devant des usagers, de pseudo-sciences et de superstitions : ostéopathie, « packing », astrologie, naturopathie, sophrologie, « soins » par les citronnades, vertus amaigrissantes supposées du gingembre, et même psychanalyse — une approche pourtant massivement critiquée par la communauté scientifique dans le champ de l'autisme et formellement déconseillée par la Haute Autorité de Santé.
Une sophrologue intervenait régulièrement au sein du SAMSAH. À ses débuts, vers 2021-2022, l'atelier était clairement présenté comme de la sophrologie. Ce n'est que par la suite que la structure a rebaptisé cet atelier « confiance en soi », sans que la nature de la pratique soit pour autant modifiée. Des témoignages recueillis en 2025 indiquent que la sophrologie continue à être pratiquée au sein du service, toujours sous cette nouvelle appellation. Maintenir une pratique tout en en modifiant le nom dans le programme officiel ne contribue pas à la transparence vis-à-vis des usagers et des financeurs publics. La démarche était d'autant plus critiquable que les ressources consacrées à cet atelier auraient pu être mieux utilisées, par exemple en assurant à chaque usager un accès aux psychologues de la structure, dont les compétences sont autrement plus établies. Cette sophrologue entretenait par ailleurs des liens personnels avec l'ancienne cheffe de service, ce qui peut interroger sur les modalités de sélection des intervenants — interrogation rejointe par d'autres situations similaires, notamment dans le cadre de la co-gestion du GEM par l'Apogei 94.
Des conseils dangereux face à des maladies graves
Un éducateur du FAM de la Pointe du Lac a conseillé, lors de discussions informelles, des citronnades à un usager présentant des symptômes qui s'avéreront être ceux d'un cancer du rein. Selon le témoignage de l'usager, le même éducateur a affirmé que la chimiothérapie n'était pas un remède face au cancer ; interrogé sur ce qu'il préconisait à la place, il n'a apporté aucune réponse.
Ces propos, qui relèvent de convictions personnelles plutôt que de connaissances médicales, sont d'autant plus préoccupants qu'un éducateur promouvant des approches non scientifiques face à des maladies graves peut concrètement retarder ou empêcher l'accès à un traitement pour un usager insuffisamment autonome pour faire ses propres choix. D'autres usagers ont vécu des expériences similaires avec d'autres professionnels, confirmant que ces comportements ne sont pas isolés.
Neutralisation d'un atelier sur la sexualité
Le SAMSAH a mis en place des ateliers « Vie Affective et Sexuelle » (VAS). Un premier atelier, animé par la psychologue et l'infirmière de la structure en petit comité de trois ou quatre usagers, répondait à de réels besoins et avait laissé un souvenir positif aux participants. Il n'a pas été reconduit — les deux professionnelles qui l'animaient font partie des rares personnes compétentes de la structure, et la psychologue a depuis quitté son poste.
L'atelier a été relancé ultérieurement, mais sous une forme radicalement différente. Rebaptisé « Vie Affective et Sentimentale » — un glissement sémantique qui évacue la question de la sexualité, rendant le sigle VAS quasi-pléonastique —, il a été organisé en une seule séance, pour une quinzaine d'usagers, en présence de l'ancienne cheffe de service et de représentants des pouvoirs publics. Le format rendait toute parole intime impossible. Les thèmes et le déroulement étaient imposés par les animateurs, sous forme de jeux de rôle reflétant une vision hétéronormée de la « vie affective et sentimentale ». L'aspect sexualité n'a pas été abordé.
La thématique centrale tournait autour du consentement — renvoyant une fois de plus les personnes autistes à l'image de citoyens de seconde zone, sommés de se conformer aux normes sociales, alors que la grande majorité des participants n'avaient aucun problème avec le consentement. Le seul usager qui aurait eu besoin de ces rappels — l'auteur d'agressions sexuelles documentées au sein de la structure — n'était pas présent.
La motivation derrière cette neutralisation n'a jamais été expliquée par l'institution. L'hypothèse d'une influence des convictions personnelles de l'ancienne cheffe de service mérite d'être posée, dans la mesure où ces transformations n'ont rien d'accidentel mais résultent de choix concrets de l'encadrement, et dans un contexte où les convictions personnelles de certains professionnels interfèrent déjà avec l'accompagnement des usagers.
Perméabilité aux théories du complot
L'institution est aussi perméable aux fake news et aux théories du complot. Dans une structure médico-sociale accompagnant des personnes vulnérables, cette perméabilité est d'autant plus dangereuse : des professionnels prenant des décisions sur la base de convictions pseudo-scientifiques ou complotistes peuvent avoir des conséquences directes sur la santé et le bien-être des usagers les moins autonomes.
Impact sur les personnes accompagnées
Une institution médico-sociale se doit de prôner en toutes circonstances des approches fondées sur les données probantes pour accompagner les usagers. Lorsque des professionnels laissent leurs convictions personnelles — religieuses, pseudo-scientifiques ou autres — interférer avec leur pratique, c'est la sécurité même des personnes accompagnées qui est en jeu. Les usagers les plus autonomes peuvent résister à ces influences. Les autres, non.