Infantilisation systématique
Infantilisation systématique
L'infantilisation des personnes accompagnées par le SAMSAH de la Pointe du Lac est omniprésente. Sous l'ancienne cheffe de service, elle imprégnait les relations entre l'institution et les usagers à tous les niveaux — depuis l'encadrement jusqu'aux éducateurs et aides-soignants — et s'étendait même aux partenaires de la structure.
Une parole systématiquement disqualifiée
L'ancienne cheffe de service utilisait fréquemment des formules comme « vous ne pouvez pas dire cela » ou « enlevez-vous cela de la tête », signifiant aux usagers que lorsqu'ils ne sont pas d'accord avec elle, c'est qu'ils pensent mal. Ils sont alors invités non pas à argumenter, mais à penser différemment.
Les usagers sont aussi régulièrement accusés d'avoir « des biais » ou des « avis biaisés », sans que l'institution ne justifie jamais cette accusation sur le fond, ni ne mette en évidence les biais en question. L'autisme peut effectivement inclure des biais cognitifs, mais ce n'est ni automatique, ni systématique. Les usagers sont ainsi sans cesse renvoyés à leur handicap dès lors qu'ils expriment un désaccord, y compris lorsqu'ils ont raison, preuves à l'appui, et même lorsque leurs propres évaluations psychologiques ne mettent pas en évidence l'existence de tels biais.
Un mimétisme institutionnel
L'infantilisation n'était pas le fait de la seule cheffe de service. Elle se diffuse par mimétisme dans l'ensemble de l'équipe. Des situations absurdes en résultent : des professionnels du SAMSAH prétendent expliquer aux usagers leur propre domaine professionnel, leurs centres d'intérêt, voire l'autisme lui-même — incapables de se départir d'une attitude professorale, y compris face à des personnes ayant des diplômes plus élevés que les leurs, ou un quotient intellectuel particulièrement élevé.
Même les personnes autistes insérées professionnellement ou dans la vie de la cité sont, au sein du SAMSAH, perçues comme des « cas sociaux » qu'il convient de rééduquer.
Une éducatrice, en désaccord avec un usager et ne pouvant plus soutenir ses propres mensonges, a menacé de « l'envoyer chez la directrice ». L'usager en question avait 40 ans.
Le 2 août 2024, alors qu'un lanceur d'alerte se voyait refuser l'accès à la structure en pleine canicule et au bord du malaise, une éducatrice a choisi de réprimander un autre usager pour ne pas avoir dit bonjour. Dans un service incapable d'assurer un suivi psychologique à ses usagers pendant des mois, un manquement à la politesse était traité comme une priorité.
Des personnes autistes exclues des décisions qui les concernent
L'institution organise des groupes de parole avec les parents des personnes accompagnées, mais en exclut les personnes autistes elles-mêmes. Les décisions qui les concernent sont discutées en leur absence, comme si elles étaient incapables d'y contribuer. Cette pratique est en contradiction directe avec le principe d'autodétermination des personnes en situation de handicap, et renvoie les usagers au statut d'objets de soin plutôt que de sujets de droit.
La parole des usagers n'a aucune valeur — sauf si un professionnel la confirme
L'infantilisation se manifeste aussi dans des mises en cause infondées. Un usager s'est vu reprocher par la structure une mauvaise gestion de ses ressources, alors que ses évaluations psychologiques attestaient de sa compétence en la matière, qu'il n'avait aucune dette ni crédit, et qu'il ne faisait l'objet d'aucune mesure de protection juridique. Ses arguments n'ont été pris en compte qu'à partir du moment où l'assistante sociale de la structure les a confirmés — devenant alors instantanément une vérité acceptée.
Tout devient un « jeu »
Peu à peu, les activités du SAMSAH sont systématiquement transformées en « jeux », avec des règles édictées par l'ancienne cheffe de service. Les ateliers « Vie Affective et Sexuelle », par exemple, ont été remplacés par des ateliers « Vie Affective et Sentimentale » — glissement sémantique qui évacue la question de la sexualité — organisés sous forme de jeux de rôle devant une quinzaine d'usagers et en présence de représentants des pouvoirs publics, dans des conditions rendant toute parole intime impossible. Cette transformation systématique des activités en jeux infantilisants relève d'une logique plus large, abordée dans le dossier sur les dérives sectaires au sein du service.
Des orientations professionnelles méprisantes
Des usagers ayant suivi des études supérieures se voient proposer des placements en ESAT — des structures proposant des travaux essentiellement manuels et très simples — ou des emplois de manutentionnaires. D'autres, souhaitant passer leur permis de conduire, en sont découragés par le SAMSAH, qui refuse que cet objectif figure dans leur projet personnalisé.
L'institution ne cherche pas à développer l'autonomie des personnes accompagnées. Elle cherche à les maintenir dans un état de dépendance compatible avec sa propre vision de ce que doit être un usager du médico-social.
L'accompagnement comme privilège, non comme droit
L'ancienne cheffe de service rappelait régulièrement aux usagers que c'est un privilège d'être au SAMSAH, une faveur que leur fait l'institution au vu de la liste d'attente. Or, l'accompagnement par un SAMSAH est un droit, résultant d'une orientation par la MDPH — que le service ne peut remettre en cause — et garanti par la législation en vigueur ainsi que par les engagements internationaux de la France.
Le service présente le travail de son personnel comme une faveur distribuée à des usagers qui devraient s'estimer heureux de recevoir quelque chose, oubliant que ce travail est financé par des fonds publics, et que les usagers, citoyens à part entière, sont en droit d'en juger la qualité.
Impact sur les personnes accompagnées
Le SAMSAH a pour mission principale de développer l'autonomie des personnes qu'il accompagne. L'infantilisation systématique pratiquée par l'institution entrave fondamentalement cette mission. Les usagers y perdent en qualité de vie, en opportunités, et en temps — l'infantilisation ne pouvant qu'aboutir à une augmentation de la durée de prise en charge.
Elle porte également atteinte à leur dignité.