Premier animateur : un recrutement familial, un an sans missions exercées
Premier animateur : un recrutement familial, un an sans missions exercées
Le GEM Agoratypique a été doté en avril 2023 de son premier animateur salarié. Recruté par l'ancienne cheffe de service du SAMSAH de la Pointe du Lac, cet animateur était membre de sa propre famille. Pendant un an, il a occupé sans remplir ses missions un poste dont le coût est documenté de manière contradictoire : 40 795,87 euros selon certaines sources, 46 675 euros selon d'autres. Plusieurs des faits documentés dans cet article — vols au local, détournements de fonds lors de courses pour le compte de l'association, emprunt non remboursé à un membre particulièrement vulnérable — sont susceptibles de relever de qualifications pénales (abus de confiance, abus de faiblesse). L'institution n'a pris aucune mesure, et le GEM est resté sans animateur pendant six mois après son départ — période durant laquelle le président bénévole de l'association a dû, de fait, assurer seul l'animation du GEM.
Un recrutement familial présenté comme un pis-aller
L'ancienne cheffe de service du SAMSAH, alors référente du GEM au sein de l'organisme co-gestionnaire, a invoqué des difficultés de recrutement dans le secteur médico-social pour justifier l'embauche d'un membre de sa famille comme animateur du GEM. L'embauche a été présentée comme étant « temporaire », selon ses propres termes.
Le candidat retenu ne disposait ni du niveau de diplôme attendu pour un tel poste, ni des compétences requises, ni d'une expérience professionnelle pouvant légitimer son recrutement. Le coût chargé de ce poste avait été annoncé à 36 000 euros par an. Les documents transmis depuis par l'organisme co-gestionnaire font apparaître des montants supérieurs, et divergents entre eux : 40 795,87 euros dans les uns, 46 675 euros dans les autres. L'association n'a jamais obtenu de note de synthèse ni de retour officiel sur le coût réel de ce poste ; les éléments budgétaires qui lui parviennent sont partiels, irréguliers et contradictoires. Le dépassement de l'engagement annoncé est donc établi ; son ampleur exacte ne l'est pas. L'association Agoratypique n'existait pas encore à la date de cette embauche : la décision a été prise unilatéralement par l'organisme co-gestionnaire, sans aucun contrôle extérieur. À ce niveau de rémunération, les membres du GEM étaient en droit d'attendre une prestation à la hauteur de l'investissement public consenti.
Dès les premières semaines, l'animateur a demandé à de nombreux membres du GEM — par ailleurs usagers du SAMSAH — de ne pas révéler ses liens familiaux avec l'ancienne cheffe de service auprès des autres professionnels de la structure. On a donc demandé à des personnes autistes de mentir, alors que les difficultés à jouer un « jeu social » imposé constituent précisément l'une des sources majeures d'anxiété liées à l'autisme. Cette tentative de dissimulation était par ailleurs vouée à l'échec : certains membres ont immédiatement compris, tandis que d'autres n'ont fait le lien que plusieurs mois plus tard et ont été choqués d'apprendre cette information après un tel délai de dissimulation.
Un an sans travail effectif
L'animateur a effectué très peu d'heures de travail effectif auprès des membres du GEM. Le prétexte invoqué était de leur laisser la plus grande autonomie possible — un argument recevable en soi, mais qui ne justifie pas l'absence quasi totale de travail en dehors du local, ni le non-accomplissement des missions qui lui incombaient.
En un an, aucun des objectifs assignés à l'animateur n'a été rempli : ni l'élaboration de partenariats, ni la recherche d'un local pérenne, ni la structuration du GEM. Tout ce qui a progressé pendant cette période l'a été par le seul engagement de membres bénévoles.
Lorsque l'animateur était présent au local du GEM — un local partagé avec d'autres associations —, il passait le plus clair de son temps au téléphone pour des motifs personnels, enfermé dans un bureau dont personne n'était censé disposer, et certainement pas pour y passer des appels privés. Le 22 septembre 2023, un membre du GEM a été victime d'une agression sexuelle au local par un autre membre orienté par le SAMSAH (faits exposés dans le dossier SAMSAH). L'animateur était présent au local ce jour-là, dans le bureau fermé, occupé à des appels personnels.
Ses heures de travail étaient validées par la personne de sa propre famille, alors cheffe de service, rendant tout contrôle impossible. Le SAMSAH pourrait facilement produire des relevés de présence, mais ceux-ci ne refléteraient pas la réalité du travail fourni — réalité constatée par l'ensemble des membres du GEM.
Sur le plan pénal, ces faits sont susceptibles de constituer un abus de confiance au sens de l'article 314-1 du Code pénal, ou, dans un langage plus courant, un emploi fictif sur fond de népotisme.
Vols et détournements imputés à l'animateur
Pendant la durée du contrat de l'animateur, plusieurs vols ont été constatés au local du GEM ou dans le cadre de son fonctionnement, au préjudice de l'Agoratypique et d'associations partenaires.
Vol chez l'association partenaire. Peu après l'arrivée de l'animateur, une somme de 300 euros a été dérobée dans les locaux d'une autre association rattachée à l'organisme co-gestionnaire, à laquelle le local appartenait et que le GEM partageait avec elle. L'animateur a été informé rapidement de ce vol, mais n'en a fait part au président de l'association que plusieurs mois plus tard, après que l'information a fuité par d'autres canaux. Il a par ailleurs minimisé le préjudice et la nature des faits. Cette rétention d'information a privé le président de la possibilité de diligenter une enquête en temps utile. Cette autre association a par la suite accusé le GEM d'avoir fouillé ses locaux. Le président peut attester qu'aucun membre du GEM n'a eu ce comportement — mais que l'animateur, lui, a fouillé à plusieurs reprises les bureaux du local, y compris celui où la somme a été dérobée. Cet incident a failli provoquer l'expulsion du GEM, qui occupait ce local sans bail et à titre gracieux.
Vols de matériel. Plusieurs vols de petit matériel appartenant à des associations partenaires ont également été imputés à l'animateur. Le président a dû intervenir à une occasion pour l'empêcher de se servir dans un carton posé sur un bureau contenant du matériel pédagogique qui n'appartenait pas au GEM.
Peu avant la fin de son contrat, un jeu Nintendo Switch et une paire de manettes ont été volés au local du GEM. Le jour du vol, très peu de personnes étaient présentes. Quelques mois plus tôt, l'animateur avait demandé à emprunter précisément ces mêmes objets pour jouer avec ses enfants — demande refusée car le GEM en avait besoin pour ses activités. Le jeu a été volé sans sa boîte, ce qui en réduit la valeur de revente : le vol ne semble donc pas avoir été commis dans un but lucratif. Les autres personnes présentes ce jour-là sont au-dessus de tout soupçon, certaines possédant déjà personnellement le matériel concerné.
Détournements lors des courses. Lors de courses effectuées pour le compte de l'association, plusieurs membres ont constaté que l'animateur faisait passer des achats personnels sur le budget du GEM.
Un constat factuel résume la situation : aucun vol n'avait été commis au GEM avant l'arrivée de cet animateur ; de nombreux vols ont été commis pendant sa présence ; plus aucun vol n'a été commis depuis son départ.
Emprunt non remboursé à un membre vulnérable
Le 2 novembre 2023, à la veille de l'assemblée générale constituante du GEM, l'animateur a emprunté de l'argent à deux membres pour compléter le budget des courses, qu'il avait mal géré malgré les alertes de certains participants. Au moins l'un de ces membres — une personne particulièrement vulnérable, incapable d'insister pour obtenir un remboursement — n'a jamais été remboursé. La réaction de cette personne n'a pas été de réclamer son dû, mais de quitter silencieusement le GEM, sans prévenir personne. Le président n'a eu connaissance de ces faits que plus d'un an après leur commission.
Ces faits sont susceptibles de constituer un abus de faiblesse au sens de l'article 223-15-2 du Code pénal.
Comportements déplacés
Les membres du GEM ont relevé de nombreux comportements inappropriés de la part de l'animateur, qu'il serait trop long de détailler exhaustivement. Plusieurs membres ont rapporté des propos qu'ils ont perçus comme sexistes ou homophobes, à plusieurs reprises.
Le 19 janvier 2024, après une activité bowling en soirée, l'animateur a raccompagné des membres du GEM en véhicule de service. Il a pris des ronds-points à forte vitesse et conduit de manière agressive. Un passager a exprimé clairement sa peur et son malaise. L'animateur a continué.
Face à un public statistiquement très exposé au harcèlement scolaire et aux « blagues » à ses dépens, ces comportements ne relèvent pas de l'anecdote. Ils révèlent une incompréhension totale du public qu'il était censé accompagner.
Un départ imposé par l'association
La solution « temporaire » a duré un an — et aurait duré plus longtemps sans l'intervention du président de l'Agoratypique. Lorsque ce dernier prend ses fonctions en novembre 2023, les dysfonctionnements de l'animateur sont déjà manifestes. Pour des raisons diplomatiques, il choisit de ne pas provoquer un conflit ouvert avec l'ancienne cheffe de service, le contrat de l'animateur ne courant que jusqu'en avril 2024 : il était plus stratégique de laisser le contrat arriver à son terme et de ne pas le renouveler.
Mais l'ancienne cheffe de service avait bien en projet de prolonger ce contrat, en contradiction avec le caractère « temporaire » qu'elle avait elle-même invoqué pour justifier l'embauche. Fin avril 2024, l'animateur pensait toujours pouvoir rester. Aucune nouvelle embauche n'avait été anticipée. L'animateur et l'ancienne cheffe de service ont donc tenté jusqu'au bout de maintenir un arrangement dont le GEM faisait les frais.
Lors d'une réunion le 30 juillet 2024, l'ancienne cheffe de service a présenté un « classeur » censé prouver le travail de l'animateur, revendiquant des tâches effectuées en réalité par le président et d'autres membres bénévoles.
Conséquence directe : le GEM est resté sans animateur entre fin avril et le 15 octobre 2024 — près de six mois. Pendant cette période, le président a assuré seul, à titre bénévole, les fonctions d'animateur, en plus de ses responsabilités associatives. Les membres se sont autogérés, ce qui est conforme à l'esprit du GEM, mais ne justifie en rien que les ressources allouées par les financeurs publics pour ce poste aient été détournées de leur vocation initiale pendant plus d'un an et demi.
Les clés perdues : une dernière nuisance
Après ces vols, les associations partenaires ont fait changer les serrures du local, à leurs propres frais. Deux jeux de clés ont été remis : l'un au président, l'autre à l'animateur. À son départ, l'animateur a remis son trousseau à l'ancienne cheffe de service. Depuis, ce jeu de clés a été « perdu ».
Résultat : la nouvelle animatrice, embauchée en octobre 2024, n'a pas disposé de clés pendant trois mois. Le président a été contraint d'être physiquement présent à chaque ouverture et fermeture du local, sans exception, pour une raison qui n'avait rien à voir avec ses fonctions — et tout à voir avec l'incurie de l'institution. Pour un GEM censé accueillir un public autiste, dont les responsables bénévoles sont eux-mêmes en situation de handicap, cette contrainte supplémentaire n'avait rien d'anodin.
La réponse de l'institution
L'ensemble de ces faits a été signalé à l'organisme co-gestionnaire. Le directeur de l'offre médico-sociale et le directeur général ont été informés en personne lors d'un rendez-vous le 19 septembre 2024. Le directeur général s'est montré très peu attentif aux faits exposés. Son unique préoccupation a été d'exiger le nom du membre vulnérable victime d'abus de faiblesse. Ce nom ne lui a pas été communiqué, compte tenu du risque de représailles dans un contexte institutionnel documenté de maltraitances et de répression des alertes.
Le directeur général a répondu qu'il ne pouvait rien faire sans ce nom. Cette position est juridiquement infondée : la connaissance de faits susceptibles de constituer un délit ne nécessite pas l'identification de la victime pour déclencher une enquête interne. Elle illustre surtout le peu de considération de l'institution pour les personnes vulnérables qu'elle est censée protéger.
L'ancienne cheffe de service, dont le lien familial avec l'animateur et le rôle dans sa supervision soulèvent la question d'un manquement à ses obligations de contrôle, s'est vue proposer une simple « mobilité interne » par l'organisme co-gestionnaire. Aucune sanction, aucune enquête, aucune suite n'ont été données aux faits signalés.