Projets personnalisés inadaptés
Projets personnalisés inadaptés
Les projets personnalisés du SAMSAH de la Pointe du Lac ne sont pas personnalisés. Ils sont mis au service des contraintes et des intérêts de l'institution, et non au bénéfice des personnes accompagnées. Le SAMSAH se prive des outils nécessaires à un accompagnement adapté — à commencer par ses propres évaluations psychologiques, qui sont oubliées ou ignorées dès leur réalisation.
Des orientations professionnelles méprisantes
Des usagers ayant suivi des études supérieures se voient proposer des placements en ESAT — des structures proposant des travaux essentiellement manuels et simples, tristement connues dans le monde du handicap pour leurs maltraitances systémiques — ou des emplois de manutentionnaires. Ces orientations ne tiennent aucun compte des compétences, des diplômes, ni des aspirations des personnes accompagnées.
D'autres usagers souhaitant passer leur permis de conduire en sont activement découragés par le SAMSAH, qui refuse que cet objectif figure dans leur projet personnalisé. Ce qui n'empêche pas l'institution de conseiller à l'un de ces mêmes usagers, faute de véhicule disponible pour un rendez-vous, de traverser le département à vélo — un trajet de près de deux heures aller-retour, pour une personne qui ne pratique pas le vélo et n'en possède pas.
Des activités détournées au profit des professionnels
Les activités inscrites dans les projets personnalisés sont parfois détournées de leur objet. Un usager devait réaliser une marche hebdomadaire avec une aide-soignante. Il avait proposé un parc proche de son domicile, isolé des bruits de la ville — idéal pour ses hypersensibilités sensorielles — et permettant un retour rapide chez lui en cas de fatigue. L'aide-soignante a refusé ce lieu, estimant le parc « trop petit », et imposé un trajet en milieu urbain, le long de bretelles autoroutières, aboutissant devant le centre commercial où elle passait certaines de ses pauses déjeuner. Le retour au domicile de l'usager constituait alors une seconde marche, non prévue et non souhaitée.
Lorsque cette aide-soignante a fini par être systématiquement absente pour cette activité, elle a nié ses absences devant l'ancienne cheffe de service, et c'est l'usager qui s'est vu reprocher de ne pas répondre aux objectifs fixés.
Le haut potentiel intellectuel : un impensé
Plusieurs usagers du SAMSAH sont diagnostiqués HPI (Haut Potentiel Intellectuel), en plus de leur diagnostic d'autisme — un profil qui induit des besoins spécifiques en matière d'accompagnement. Ces diagnostics sont parfois posés par le SAMSAH lui-même, lors des évaluations psychologiques d'entrée dans la structure. Ils sont ensuite ignorés.
Le SAMSAH ne répond qu'aux besoins des profils autistiques les plus typiques — ou plutôt, de ce que l'institution imagine être un « autiste typique ». Les profils atypiques, à haut potentiel, ou présentant des besoins moins visibles, sont laissés sans réponse personnalisée.
Un validisme structurel
Le personnel du SAMSAH relativise fréquemment les difficultés des personnes accompagnées à travers des discours du type « moi aussi, même si je ne suis pas autiste, je... » — proches du « on est tous un peu autistes » rejeté par la quasi-totalité des personnes concernées. L'autisme n'est pas une difficulté passagère : c'est un trouble neurodéveloppemental permanent et envahissant.
Le personnel présente aussi certaines personnes comme « plus autistes » que d'autres, invitant celles dont les difficultés sont moins visibles à s'effacer au profit des premières. Cette vision est purement capacitiste. L'autisme est un spectre, pas une échelle. Certaines études montrent que les personnes autistes les moins visibles, en particulier celles à haut quotient intellectuel, rencontrent des difficultés supplémentaires et spécifiques, et présentent un risque suicidaire considérablement plus élevé. Selon les études et méta-analyses disponibles, le risque de mort par suicide chez les personnes autistes est estimé entre trois et neuf fois celui de la population générale, les chiffres les plus élevés concernant les personnes autistes sans déficience intellectuelle (OR de 9,40 dans l'étude Hirvikoski et al., British Journal of Psychiatry ; ratio de 8,13 dans une étude de cohorte suédoise ; estimation plus conservatrice de 2,85 dans une méta-analyse de 2024). Les personnes autistes avec un QI de 120 ou plus présentent un risque d'idéation suicidaire près de six fois supérieur à celui des personnes autistes à QI moyen (Université de l'Iowa, 2023) — inversant la tendance observée dans la population générale, où un QI élevé est habituellement un facteur protecteur.
Des projets personnalisés falsifiés
Lorsque le projet personnalisé est enfin renouvelé — avec des retards se comptant en mois, parfois en années —, les usagers se retrouvent contraints d'affirmer que tout s'est bien passé et que le suivi est satisfaisant, pour que cela soit consigné dans le document. Un usager, qui avait dénoncé de nombreux dysfonctionnements au sein de la structure quelques mois plus tôt, s'est ainsi retrouvé avec un projet personnalisé mentionnant qu'il n'avait « aucune objection sur l'accompagnement proposé » et qu'il était « satisfait de l'accompagnement proposé par les différents référents ». L'ancienne cheffe de service ne pouvait ignorer que ce contenu contredisait les positions exprimées par l'usager. Cette pratique est susceptible de constituer un abus de faiblesse.
Lors de la rédaction d'un autre projet personnalisé, une éducatrice a fait pression sur un usager pour qu'il atténue systématiquement ses appréciations négatives sur le précédent projet — afin que le nouveau document ne reflète pas les insuffisances de la structure.
Un usager s'est vu attendre plus d'une heure trente le début de sa réunion de signature de PP, parce que l'ancienne cheffe de service avait oublié le rendez-vous. La réunion a été expédiée, et l'ancienne cheffe de service a cru bon de préciser devant tout le monde que c'était « le PP le plus court de l'histoire » — une humiliation supplémentaire pour un usager dont le projet était censé être personnalisé.
Des ressources financières ignorées
La structure est incapable de prendre en compte les ressources financières réellement disponibles pour les usagers. Des personnes vivant avec une allocation aux adultes handicapés (AAH) se voient poussées à consulter des psychologues en libéral, alors qu'elles n'en ont pas les moyens. Lorsqu'un usager a signalé cette impossibilité, la structure lui a d'abord reproché de mal gérer ses ressources — alors que ses évaluations psychologiques et celles de l'assistante sociale attestaient du contraire. Ses arguments n'ont été pris en compte qu'après confirmation par l'assistante sociale.
Par ailleurs, l'accès aux psychologues de la structure elle-même est opaque : certains usagers y ont accès, d'autres se le voient refuser sans motif. Des demandes répétées d'inscription de ce besoin dans le projet personnalisé ont été rejetées par l'ancienne cheffe de service, sans aucune justification.
Après le départ de l'ancienne cheffe de service, certains salariés ont témoigné de manière informelle que celle-ci distribuait certaines prestations pour récompenser les usagers dociles, et les retirait pour sanctionner ceux qui s'opposaient à elle. Cette pratique ne concernait pas uniquement l'accès aux psychologues, mais l'ensemble des accompagnements proposés par la structure — transformant le projet personnalisé en outil de contrôle et de soumission.
La structure oublie pourquoi elle existe
La situation est telle que certains usagers ont l'impression que la structure ne se souvient même plus des raisons qui ont justifié leur entrée dans l'institution. Les évaluations psychologiques initiales, les bilans de compétences, les besoins identifiés à l'admission : tout cela est produit, classé, puis oublié. Le turnover permanent au sein de la structure aggrave ce phénomène : chaque nouveau professionnel repart de zéro, sans s'appuyer sur le travail déjà réalisé, condamnant les usagers à un éternel recommencement.
L'accompagnement, lorsqu'il existe, répond aux contraintes de l'institution — disponibilité du personnel, habitudes de travail, intérêts personnels des accompagnants — et non aux besoins réels des personnes accompagnées.
Impact sur les personnes accompagnées
Lorsqu'un projet personnalisé n'est pas personnalisé, il ne sert qu'à justifier administrativement l'existence du suivi. Les usagers peinent à trouver au SAMSAH une réponse à leurs problèmes réels — quand ce n'est pas le SAMSAH lui-même qui leur en cause de nouveaux.