Inversion de la relation d'aide
Inversion de la relation d'aide
Dans un service médico-social, l'institution est au service des personnes accompagnées. Au SAMSAH de la Pointe du Lac, cette relation est inversée : ce sont les usagers qui sont au service de l'institution. L'accompagnement n'est pas présenté comme un droit, mais comme une faveur que les personnes accompagnées doivent mériter et pour laquelle elles doivent être reconnaissantes.
L'accompagnement comme privilège
L'ancienne cheffe de service, mais aussi certains éducateurs et aides-soignants, rappelaient régulièrement aux usagers que c'est un privilège d'être au SAMSAH, une faveur que leur fait l'institution au vu de la liste d'attente pour y être admis. La liste d'attente — qui reflète les discriminations systémiques vécues par les personnes autistes et le sous-investissement chronique de la société dans le handicap — était ainsi instrumentalisée pour faire taire toute critique.
Or, l'accompagnement par un SAMSAH est un droit, résultant d'une orientation par la MDPH que le service ne peut ni remettre en cause ni apprécier à sa guise, et garanti par la législation en vigueur ainsi que par les engagements internationaux de la France.
L'institution s'attribue le mérite des usagers
Lorsqu'une usagère a organisé, de sa propre initiative, une exposition artistique, l'ancienne cheffe de service a envisagé d'installer un stand du SAMSAH sur le lieu de l'événement — s'invitant dans une réalisation qui ne devait rien à l'institution. Puis, lors de la réunion de rentrée avec les parents, elle s'est publiquement attribué le mérite de cette exposition, comme si le SAMSAH en était responsable, sans même citer l'artiste. Les réussites personnelles des usagers sont ainsi confisquées par l'institution pour nourrir sa propre image.
L'institution cherche la validation, pas l'amélioration
Le SAMSAH ne cherche pas à répondre aux besoins des usagers, mais à recevoir une validation de son travail de leur part. Les usagers devraient presque remercier les professionnels d'accomplir la tâche pour laquelle ils sont rémunérés. Le personnel attend des gratifications symboliques — une reconnaissance émotionnelle — plutôt que de se considérer comme redevable de la qualité de l'accompagnement fourni.
L'ancienne cheffe de service a ainsi invoqué, avec le plus grand sérieux, le fait que des usagers lui avaient dit « merci » après une réunion conflictuelle, comme preuve de leur approbation de sa gestion du service. La politesse des usagers était instrumentalisée comme un signe d'allégeance. Il devenait alors dangereux d'être poli, puisque cette politesse pouvait être retournée contre les usagers, tout comme leur impolitesse pouvait leur être reprochée.
Des usagers qui aident leurs accompagnants
L'inversion de la relation d'aide se manifeste aussi de manière très concrète. Certains éducateurs ou aides-soignants n'ont pas les compétences minimales requises pour leur poste — une conséquence prévisible d'un système où les salariés compétents et critiques sont poussés vers la sortie, tandis que les moins compétents mais plus dociles sont maintenus ou promus. Il est courant que des usagers se retrouvent en position de devoir aider leurs accompagnants sur les tâches les plus élémentaires. La relation d'aide s'inverse littéralement : ce sont les personnes accompagnées qui compensent les lacunes des professionnels censés les accompagner.
Le problème est structurel : les professionnels sont contraints par leur hiérarchie d'animer des activités et des ateliers pour lesquels ils n'ont aucune formation, aucune qualification, ni même de connaissances de base. Une éducatrice l'a reconnu ouvertement. Lorsqu'un éducateur a tenté de refuser une prise en charge nutritionnelle en avouant n'y rien connaître, il s'est fait recadrer par l'ancienne cheffe de service devant un usager et son parent. Les professionnels n'osent plus refuser, de peur de devoir se justifier auprès de leur hiérarchie. Le résultat : des activités animées par des personnes incompétentes, au détriment des usagers.
Des fonds publics au service des salariés, pas des usagers
Le SAMSAH est une structure financée par des fonds publics. Ses salariés reçoivent une rémunération pour l'accompagnement des personnes en situation de handicap. Les usagers, citoyens à part entière, sont en droit de juger de la bonne utilisation de ces fonds.
En pratique, le SAMSAH fonctionne comme une machine à percevoir des financements pour distribuer des salaires, pendant que les usagers voient leur état se dégrader. L'ancienne cheffe de service ne semblait avoir aucune notion de ce qu'est la chose publique, et considérait les ressources du service comme une faveur personnelle à distribuer à des usagers qui devaient s'estimer heureux de recevoir quelque chose.
Certains salariés s'accommodaient fort bien de cette situation, estimant que le service était une bonne « planque » — un terme entendu à plusieurs reprises par des usagers. Un salaire, peu de travail réellement effectué : un arrangement acceptable pour certains professionnels, catastrophique pour les personnes qu'ils sont censés accompagner.
Impact sur les personnes accompagnées
L'inversion de la relation d'aide est peut-être le dysfonctionnement le plus fondamental du SAMSAH, celui qui sous-tend tous les autres. Lorsque l'institution se considère comme bienfaitrice plutôt que comme prestataire d'un service public, tout le reste en découle : l'absence de redevabilité, le refus de se remettre en cause, l'infantilisation, la confiscation de la parole. Les usagers ne sont plus des ayants droit : ils sont des bénéficiaires chanceux, tenus à la gratitude et au silence.