Gestion verticale incompatible avec le modèle GEM

Gestion verticale incompatible avec le modèle GEM

Un GEM n'est pas un service médico-social. C'est un lieu d'entraide entre pairs, géré par les personnes concernées elles-mêmes, avec le soutien d'un organisme gestionnaire. Le cahier des charges des GEM, fixé par l'arrêté du 27 juin 2019, fait de l'autodétermination des adhérents un principe fondateur : ce sont eux qui décident de l'orientation de leur GEM, de ses activités, de sa gouvernance. L'organisme co-gestionnaire a pour rôle de soutenir cette dynamique, pas de la diriger. Dans les faits, l'organisme co-gestionnaire du GEM Agoratypique a imposé un mode de gestion verticale, identique à celui qu'il applique à ses propres services internes — un fonctionnement incompatible avec le modèle même du GEM.

Ce que prévoit le cahier des charges

Le cahier des charges des GEM est explicite. L'autodétermination des adhérents « doit systématiquement être recherchée ». L'association gestionnaire du GEM doit être constituée par les personnes concernées et fonctionner de manière autonome. Le rôle de l'organisme gestionnaire — ou co-gestionnaire — est un rôle de soutien : il porte le financement, assure la gestion administrative, et accompagne l'association dans sa structuration. Il ne se substitue pas à elle.

La convention de gestion signée entre l'Agoratypique et l'organisme co-gestionnaire reprend ces principes. L'Agoratypique est censée disposer d'une autonomie réelle dans la gestion du GEM, le choix des activités, l'utilisation de sa dotation, et la défense de son projet.

Ce qui se passe en pratique

L'organisme co-gestionnaire gère le GEM comme il gère ses services internes. Les décisions budgétaires sont prises unilatéralement. Les seuils de déficit sont fixés sans consultation. Les engagements sont pris et retirés sans que l'Agoratypique ne soit en mesure de les vérifier. Les réunions tripartites avec l'ARS sont refusées. Les courriers restent sans réponse. Et lorsque l'association formule des demandes argumentées, elle reçoit des leçons de gestion budgétaire en retour.

Ce fonctionnement est celui d'une institution qui administre un service subalterne, pas celui d'un partenaire qui soutient une association autonome. L'organisme co-gestionnaire ne reconnaît pas l'Agoratypique comme un interlocuteur légitime disposant d'un pouvoir de décision propre. Il la traite comme un destinataire de consignes.

Des exemples concrets

  • Le budget d'équipement : l'Agoratypique a produit un budget prévisionnel détaillé de 156 lignes. L'organisme co-gestionnaire a fixé unilatéralement un plafond de dépenses sans consulter l'association, en invoquant une « expérience » sans base normative.

  • Le compte bancaire : l'organisme co-gestionnaire a bloqué pendant plus d'un an l'ouverture d'un compte bancaire, privant l'association de toute autonomie financière, alors que le cahier des charges prévoit précisément cette autonomie.

  • Les activités : les conséquences budgétaires des décisions de l'organisme co-gestionnaire ont conduit à l'arrêt quasi total des activités non gratuites et au gel du recrutement de nouveaux membres — des décisions qui affectent directement les membres du GEM, sans que ceux-ci aient été consultés.

  • La médiation : lorsque l'Agoratypique a contesté ce fonctionnement, l'organisme co-gestionnaire a proposé une médiation assortie d'une menace de retrait du portage financier — c'est-à-dire exactement l'inverse d'un dialogue entre partenaires égaux.

Un modèle associatif face à un réflexe institutionnel

Le GEM Agoratypique a été fondé et structuré par des personnes autistes qui ont choisi de s'organiser entre elles. L'association a été créée, les statuts rédigés, le règlement intérieur adopté, une comptabilité d'engagement mise en place, un projet associatif formalisé — tout cela par des bénévoles en situation de handicap, sans aide de l'organisme co-gestionnaire. L'Agoratypique a démontré sa capacité à se gérer de manière autonome et rigoureuse.

L'organisme co-gestionnaire, en revanche, a répondu à l'appel à candidatures pour ce GEM sans projet réel, a laissé le GEM fonctionner sans moyens pendant ses premières années, puis a tenté de reprendre le contrôle lorsque l'association a commencé à exiger le respect de ses droits. Ce n'est pas un accompagnement vers l'autonomie. C'est une gestion verticale qui ne dit pas son nom, appliquée par habitude institutionnelle à un dispositif qui a été conçu pour fonctionner autrement.